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Lamentations

À propos

Lamentations
7:17
Panoramas de l'Ancien Testament
Lamentations

Le livre des Lamentations a un caractère unique dans l'Ancien Testament. Il compte cinq poèmes d'un auteur anonyme, qui a survécu et revient sur le siège de Jérusalem par Babylone, ainsi que sur la destruction et l'exil qui ont suivi (2 Ro. 24-25).

La chute de Jérusalem et l'exil étaient, en ce temps, la catastrophe la plus effroyable de l'histoire d'Israël. Dieu avait promis à Abraham la terre de Canaan et avait accordé à David la victoire sur Jérusalem afin d'en faire la capitale d'Israël. C'est dans cette ville qu'ont résidé les rois issus de la lignée de David, c'est là que Salomon a bâti le temple dédié au Dieu d'Israël et où les prêtres ont perpétué les rituels du culte d'Israël. Après 500 ans d'histoire, à l'été 587 avant notre ère, la ville tomba aux mains de Babylone, ce fut un désastre sans nom. Le livre des Lamentations est un mémorial poétique érigé à la souffrance et à la confusion des Israélites après la destruction.

Les lamentations dans l'ensemble du récit biblique

Les poèmes de lamentation de ce livre ne sont pas les seuls à figurer dans la Bible, il y en a plusieurs dans le livre des Psaumes (Psa. 10 ; Ps. 63 ; Ps. 69 ; Ps. 74 ; Ps. 79). Ces poèmes bibliques de lamentation sont une forme de protestation. Ils attirent l'attention de tous, y compris celle de Dieu, sur les choses horribles qui ont cours dans son monde et qui ne sauraient être ignorées. Ils sont également un moyen d'exprimer ses émotions. Dans ces poèmes, le peuple de Dieu évacue sa colère et sa consternation face à la ruine causée par le péché et la violence. Enfin, ils donnent une voix à notre confusion. Quel lien notre souffrance a-t-elle avec le caractère et les promesses de Dieu ? Les poèmes de lamentation sont des explosions d'épanchements résultant d'un trop-plein émotionnel, que la Bible veille à ne pas mépriser. Bien au contraire, ces poèmes confèrent une dignité sacrée à la souffrance humaine, car ces paroles humaines de deuil adressées à Dieu font désormais partie de la parole de Dieu adressée à son peuple.

La conception des cinq poèmes du livre des Lamentations est très minutieuse et contribue à donner du sens au message du livre. Les chapitres 1 à 4 sont composés d'acrostiches, ou poèmes alphabétiques, dans lesquels chaque vers commence par la lettre suivante de l'alphabet hébreu, qui compte 22 lettres. La netteté de cette structure ordonnée et linéaire crée un contraste saisissant avec le caractère désorienté de la souffrance et la confusion du deuil mis à nu dans les poèmes. Cela donne l'impression de voir la souffrance d'Israël être disséquée de A à Z, afin de tenter d'exprimer l'inexprimable.

Lamentations 1 : Chagrin, honte et traumatisme incarnés par la Fille de Sion

Les chapitres 1 et 2 comptent chacun un verset par lettre, ce qui leur confère une structure similaire, malgré leurs grandes différences de thèmes. Le chapitre 1 se penche sur le chagrin et la honte d'un personnage appelé Dame Sion, en qui le poète personnifie la ville de Jérusalem sous les traits d'une veuve, également appelée Fille de Sion. Elle est assise seule, privée de ses proches, ravagée par la douleur, sans personne pour la réconforter. Lorsque Dame Sion parle, elle implore l'Éternel de se pencher sur son sort. La métaphore est poignante. Par cette image, le poète montre que la destruction de la ville a causé aux Israélites un traumatisme psychologique dont l'ampleur s'apparente à la perte d'un être cher, d'où les constantes références au deuil.

Lamentations 2 : La chute de Jérusalem et la colère de Dieu

Le chapitre 2 se focalise sur la chute de Jérusalem et précise qu'elle fut la conséquence du péché d'Israël, qui déclencha la colère de Dieu, un mot clé de ce poème. Il est important de se rappeler que dans la Bible, la colère de Dieu n'est pas un acte impulsif ou volatile. Les poètes et prophètes bibliques se servent de cette expression pour évoquer la justice de Dieu. Israël a conclu une alliance qu'il a passé des siècles à violer en adorant d'autres dieux et en tolérant l'injustice envers les pauvres. Bien que Dieu soit lent à la colère, il arrive un moment où sa colère se manifeste face à la méchanceté humaine, et il finit par exécuter sa justice sous forme de châtiment. Dans le cas de Jérusalem, cela s'est traduit par le fait de laisser Babylone conquérir la ville. Le chapitre 2 admet que la colère de Dieu était justifiée, mais cela n'empêche pas le poète de se lamenter et de demander à Dieu de faire preuve de compassion, une fois de plus.

Lamentations 3 : Espoir de justice au milieu du chagrin

Le chapitre 3 rompt avec le schéma initial en comptant trois versets par lettre, ce qui en fait le plus long poème du livre. La voix est celle d'un homme isolé, en souffrance, et qui s'exprime en sa qualité de représentant du peuple d'Israël. Le plus intéressant est que ce chapitre regorge de références tirées d'autres parties de l'Ancien Testament, notamment les lamentations de Job (Job 3), d'importants psaumes de lamentation (Psa. 22 ; Ps. 69), et même les poèmes du Serviteur meurtri dans Ésaïe (Ésa. 53). Le poète voit ses épreuves à travers le prisme de la justice divine, comme relevé au chapitre 2. Et paradoxalement, cela suscite l'espoir du poète et l'amène à prononcer les seuls mots optimistes du livre.

« Grâce à la fidélité à l'alliance de l'Éternel, nous ne périssons pas. Ses bontés ne s'épuisent jamais. Elles se renouvellent chaque matin. Que ta fidélité est grande, ô Dieu ! Je me dis donc : « L'Éternel est mon souverain bien, c'est pourquoi je place en lui mes espoirs ». (Lam. 3:22-24)

Si Dieu est assez cohérent pour exercer sa justice sur le mal commis par Israël, il sera tout aussi cohérent dans ses promesses d'alliance et ne laissera pas l'histoire de son peuple se conclure avec le mal et le péché. Pour ce poète, le jugement de Dieu devient le terreau de l’espoir.

Lamentations 4 : Contrastes de vie : avant et pendant le siège babylonien

Le chapitre 4 reprend la même structure en acrostiche des chapitres 1 et 2, pour dresser un tableau saisissant et troublant du siège de deux ans. Le poème contraste la splendeur de la Jérusalem d'alors, à l'horreur de sa situation pendant le siège. Autrefois, les enfants riaient dans les rues ; aujourd'hui, ils mendient pour avoir de quoi se nourrir. Les riches étaient habitués à déguster de copieux repas ; désormais, ils traquent les moindres miettes qui traînent au sol. Les dignitaires de la cour royale arboraient toujours de somptueux vêtements ; à présent, ils sont affamés, repoussants et méconnaissables. Leur roi oint issu de la lignée de David, lui-même, a été capturé et déporté en exil. La force du poème réside dans le choc provoqué par ces contrastes, révélateurs de la profondeur des souffrances qu'Israël s'est infligées.

Lamentations 5 : Une prière communautaire pour implorer la miséricorde de Dieu

Le dernier poème est unique en ce sens qu'il rompt complètement avec le schéma initial. Il a la même longueur que les poèmes en acrostiches précédents, soit 22 vers, mais l'ordre alphabétique n'y est plus. Il laisse à penser que le poète ne peut plus se contenir, au point que son chagrin aurait explosé en un chaos élégiaque. Le poème est une longue prière communautaire implorant la miséricorde de Dieu. Israël supplie Dieu de ne pas ignorer leur souffrance et de ne pas les abandonner. Le poème dresse également une longue liste de toutes les différentes catégories de personnes ayant subi de plein fouet les ravages de la chute de Jérusalem, puis demande à Dieu de ne pas les oublier. On voit ici comment les poèmes de lamentation peuvent être rédigés pour le compte des autres afin d'exprimer leurs souffrances comme par procuration. Souffrir en silence n'est pas une vertu dans ce livre. Il n'est pas demandé au peuple de Dieu de refouler leurs émotions. Ils doivent plutôt exprimer leur protestation, vider leur sac et s'épancher totalement devant Dieu.

Le livre se termine sur une sorte de paradoxe. Le poète reconnaît que Dieu est le Roi éternel : « Toi, Éternel, tu règnes pour toujours ! » (Lam. 5:19) Mais la situation d'Israël donne l'impression que Dieu est introuvable : « Pourquoi nous oublierais-tu et nous abandonnerais-tu ? » (Lam. 5:20) Les derniers mots laissent la tension en suspens : « Nous aurais-tu rejetés définitivement ?... » (Lam. 5:22). Le poète ne finit pas sur une conclusion nette et claire, tout comme nous ne trouvons pas de conclusions simples à nos souffrances.

Le récit de la Bible ne s'arrête pas là, mais ce livre important montre à quel point la lamentation et la prière sont des éléments essentiels à notre marche de la foi dans un monde à la dérive.