Ésaïe
À propos

Ésaïe a vécu à Jérusalem pendant la seconde moitié de la période du royaume d'Israël et a adressé des oracles aux dirigeants de Jérusalem et de Juda, de la part de Dieu. Ésaïe les a prévenus à plusieurs reprises du jugement de Dieu qui s'abattrait sur eux, en avertissant ces dirigeants corrompus d'Israël que leur rébellion contre l'alliance avec Dieu leur coûterait cher. Ésaïe déclara également que Dieu utiliserait les grands empires d'Assyrie, puis de Babylone, pour juger Jérusalem si elle persistait dans l'idolâtrie et l'oppression des pauvres.
Cependant, l'annonce de cette imminente calamité était également accompagnée d'un message d'espoir, car Ésaïe croyait profondément que Dieu accomplirait un jour toutes les promesses de son alliance. Il était convaincu que Dieu enverrait un roi issu de la lignée de David pour établir son royaume sur Terre (2 Sam. 7 ; Psa. 2 ; Psa. 72) et amener Israël à obéir aux lois de l'alliance conclue au mont Sinaï (Exo. 19). C'est ainsi que la bénédiction et le salut de Dieu s'étendraient à toutes les nations, comme Dieu l'avait promis à Abraham (Gen. 12). C'est cette espérance messianique qui a poussé Ésaïe à dénoncer la corruption et l'idolâtrie d'Israël et de ses dirigeants.
Le livre présente une trame littéraire complexe, mais il existe un moyen simple de comprendre comment le tout s'articule. Les chapitres 1 à 39 contiennent trois grandes sections consacrées à l'avertissement d'Ésaïe concernant le jugement d'Israël avec en point d'orgue, un événement évoqué à la fin du chapitre 39, la chute de Jérusalem et l'exil de son peuple à Babylone. Mais les chapitres 1 à 39 sont également porteurs d'un message d'espoir selon lequel, les promesses de l'alliance de Dieu seraient accomplies, au sortir de l'exil. Les chapitres 40 à 66 reprennent cette promesse et l'approfondissent davantage.
Ésaïe 1-12 : Jugement et espoir pour Jérusalem
Les douze premiers chapitres du livre d'Ésaïe sont consacrés à la vision du prophète du jugement et de l'espoir pour Jérusalem. Tout commence lorsque Ésaïe accuse les dirigeants de la ville de rébellion contre l'alliance, d'idolâtrie et d'injustice, notamment envers les pauvres. Dieu jugera la ville en envoyant d'autres nations conquérir Israël. Ésaïe affirme que ce sera semblable à un feu purificateur qui consumera la moindre parcelle de futilité au sein de son peuple. Mais ce feu ne fera pas que détruire. Il créera également une nouvelle Jérusalem peuplée par un groupe de rescapés d'Israël qui se sont repentis et sont revenus à Dieu. Ésaïe poursuit en disant que, par ces événements, le Royaume de Dieu s'établira et toutes les nations se rassembleront au temple de Jérusalem pour s'imprégner de la justice de Dieu. Ce qui instaurera une ère de paix et d'harmonie universelles. Or, cette trame narrative de l'ancienne Jérusalem qui fait place à la nouvelle, revient tout au long du livre en s'enrichissant constamment de détails supplémentaires.
Dans la partie centrale de cette section, le chapitre 6 est consacré à la vision principale d'Ésaïe représentant Dieu assis sur son trône dans le temple. Il est entouré de créatures célestes qui scandent toutes que Dieu est « saint, saint, saint ». Ésaïe réalise soudain son propre degré de souillure ainsi que celui du peuple, alors il craint d'être consumé par la sainteté de Dieu. Mais c'est plutôt la sainteté de Dieu, sous la forme d'une braise, qui vient brûler Ésaïe, non pas pour le détruire, mais pour le purifier de son péché.

Pendant qu'Ésaïe s'interroge sur cette étrange expérience, Dieu lui confie une tâche difficile. Il doit continuer d'annoncer le jugement à venir, mais Israël ayant déjà atteint le point de non-retour, ses avertissements auront l'effet paradoxal d'endurcir leurs cœurs. Cependant, Ésaïe doit avoir confiance dans le plan de Dieu car Israël subira sa propre purification, comme celle qu'il vient d'avoir. Tel un arbre, Israël sera fauché à la souche qui sera ensuite flambée puis consumée. Mais Dieu affirme que cette souche fumante est une « sainte descendance » qui survivra dans l'avenir. C'est une faible lueur d'espoir, seulement, qui ou que représente la sainte descendance ?
La suite de cette section donne un début de réponse. Ésaïe se confronte à Achaz, le descendant de David et roi de Jérusalem, à qui il prédit sa chute. Dieu prévient que le grand empire assyrien détruira Israël et dévastera le pays, mais l'espoir demeure. Suite à sa promesse faite à David, Dieu enverra un nouveau roi appelé Emmanuel, ou « Dieu avec nous » (ch. 7). Le royaume d’Emmanuel libérera le peuple de Dieu des empires violents et oppressifs. Ésaïe poursuit en décrivant ce futur roi comme un rameau qui sort de la vieille souche de la famille de David, la sainte descendance. Ce roi sera investi de la puissance de l'Esprit de Dieu pour régner sur une nouvelle Jérusalem et rendre justice aux pauvres. Toutes les nations se tourneront vers ce roi messianique pour être guidées, et son royaume transformera toute la création en apportant la paix.
En arrivant au terme de ces chapitres, on parvient à avoir une bonne compréhension du message de jugement et d'espoir d'Ésaïe. Mais Ésaïe avait prévu l'ascension d'un autre empire après l'Assyrie, Babylone, qui attaquerait également Jérusalem et réussirait à la détruire.
Ésaïe 13-27 : Jugement et espoir pour les nations
Cela nous amène aux sections suivantes du livre d'Ésaïe, qui s'ouvrent d'abord sur un vaste recueil de poèmes dans les chapitres 13 à 27, portant sur le jugement de Dieu et l'espoir pour les nations. C'est dans ces poèmes que nous découvrons la chute imminente de Babylone et des autres nations voisines d'Israël. Ésaïe a pressenti que la puissance et l'influence mondiale de l'Assyrie seraient un jour surpassées par l'empire de Babylone, une nation qui la surpasserait tout autant en arrogance et en œuvres destructrices. Les rois de Babylone prétendaient être d'une race divine supérieure à tout autre dieu, le Dieu d'Israël a donc orchestré la chute de Babylone. Ésaïe poursuit en énumérant les voisins d'Israël : Philistie au chapitre 14, Moab aux chapitres 15-16, Damas au chapitre 17, Égypte et Cush aux chapitres 18-20, et Tyr au chapitre 23. Il les accuse tous du même orgueil et de la même injustice, et prédit leur ruine définitive.
Rappelons toutefois que, pour Ésaïe, le jugement divin n'est pas la fin de l'histoire, ni pour Israël ni pour ces autres nations. Cette idée mène à la section suivante comptant une série de poèmes qui relate la chronique de deux cités, en commençant par décrire la « cité hautaine » qui s'est exaltée au-dessus de Dieu et est devenue corrompue et injuste. C'est un archétype poétique de l'humanité rebelle, présenté dans un langage combinant les descriptions antérieures qu'Ésaïe a faites de Jérusalem, de l'Assyrie et de Babylone. Cette ville est vouée à la ruine, et sera un jour remplacée par la nouvelle Jérusalem, où le Royaume de Dieu est établi sur une humanité rachetée issue de toutes les nations, et où la mort et la souffrance n'existent plus. Ces chapitres constituent le point culminant de toute cette section, car ils montrent à quel point le message d'Ésaïe s'étendait bien au-delà de son époque. Son message s'adressait à tous ceux qui attendent que Dieu juge les royaumes violents et oppressifs et établisse son Royaume universel de justice et d'amour réparateur.
Ésaïe 28-39 : La chute de Jérusalem prédite
Les chapitres 28 à 39 se recentrent sur l'ascension et la chute de Jérusalem. On commence par lire des poèmes où Ésaïe réprimande les dirigeants de Jérusalem de s'être tournés vers l'Égypte en vue d'obtenir une protection militaire contre l'Assyrie. Il sait que leur plan finira par se retourner contre eux, alors il précise aux dirigeants que seules leur confiance en Dieu et leur repentance permettront de sauver Israël.
Cela est bien illustré dans l'histoire suivante sur l'ascension du roi Ézéchias, dans les chapitres 36 à 38. Comme Ésaïe l'avait prédit, les armées assyriennes attaquent la ville. Ézéchias s'humilie devant Dieu et prie pour une délivrance divine, et la ville est miraculeusement sauvée du jour au lendemain. Cependant, les hauts faits prometteurs et l'ascension d'Ézéchias basculent très vite alors que sa chute s'amorce. Il tente de conclure une autre alliance politique pour protéger le royaume en recevant une délégation de Babylone. Ézéchias essaie d'impressionner les Babyloniens en leur dévoilant tous les trésors détenus dans les palais et salles du trésor de Jérusalem. En apprenant la nouvelle, Ésaïe reproche à Ézéchias ses actes insensés et lui prédit la future trahison de cet « allié », qui reviendra un jour en ennemi déclaré pour conquérir Jérusalem. Et nous savons d'après 2 Rois 24-25, qu'Ésaïe avait vu juste. Plus de 100 ans après, Babylone se retourna contre Jérusalem, détruisit la ville et son temple, et déporta les Israélites en exil à Babylone.
Tous les avertissements d'Ésaïe à propos du jugement divin trouvent leur aboutissement à ce moment précis, confirmant Ésaïe comme un véritable prophète. Tout s'est déroulé exactement tel qu'il l'avait prédit. Il faudrait tout de même se rappeler que le jugement de Dieu avait pour but de purifier Jérusalem et de faire émerger la sainte descendance et le royaume messianique censé régner sur toutes les nations. Cette lueur d'espoir constitue le cœur du sujet, dans la seconde moitié du livre.

Ésaïe 40-48 : L'espoir après l'exil
La seconde moitié du livre d'Ésaïe commence au chapitre 40, qui couvre l'accomplissement futur des promesses d'alliance de Dieu après l'exil.
La première partie principale, les chapitres 40 à 48, s'ouvre sur une proclamation d'espoir et de réconfort pour Israël. On annonce au peuple que l'exil babylonien est terminé. Le péché d'Israël a été expié, et une nouvelle ère commence. Ils devraient rentrer chez eux à Jérusalem, car Dieu lui-même y établira son Royaume et de là, il fera rayonner sa gloire sur toutes les nations.
À ce stade, la plupart des lecteurs se posent la question de savoir : « Qui tient ces propos ? Qui est le narrateur dont la voix nous transmet ces paroles d'espoir ? » L'auteur de ces chapitres est forcément une personne témoin des événements post-exil, tels que décrits dans le livre d'Esdras-Néhémie. Mais Ésaïe est mort plus de 150 ans avant tout cela. Que peut-on déduire d'une telle discordance ? Ils sont nombreux à penser que ces chapitres ont été composés par Ésaïe lui-même, mais qu'il fut transposé prophétiquement près de 200 ans dans le futur afin de s'adresser aux générations suivantes comme si l'exil était déjà terminé.
Cependant, le livre d'Ésaïe lui-même nous donne des indices quant au procédé qui semble être tout autre. Dans les chapitres 8, 29 et 30, il est dit qu'après avoir été rejeté par les dirigeants d'Israël, Ésaïe a rédigé et scellé dans un rouleau son message de jugement et d'espoir, et l'a transmis à ses « disciples » (Ésa. 8:16) « pour que cela serve de témoignage pour les jours à venir » (Ésa. 30:8). Ésaïe mourut finalement, dans l'attente que Dieu confirme ses paroles. Les chapitres 1 à 39 devaient nous montrer que les prédictions d'Ésaïe concernant le jugement se sont réalisées lors de l'exil babylonien, prouvant ainsi sa qualité de véritable prophète. Ainsi, après la fin de l'exil, les disciples d'Ésaïe, qui avaient longtemps chéri ses paroles, ouvrirent le rouleau et se mirent à approfondir son message sur l'espérance à venir, le salut de Dieu. Selon ce point de vue, le livre d'Ésaïe se compose à la fois du recueil original des paroles d'Ésaïe et des écrits de ses disciples ultérieurs, que Dieu a utilisés pour étoffer et transmettre le message d'espoir d'Ésaïe aux générations futures.
Quelle que soit votre opinion, tout le monde s'accorde à dire que ces chapitres annoncent que le jour de l'espoir futur se conjugue désormais au présent, et que Dieu accomplit ses promesses prophétiques. Le prophète espère que la réaction d'Israël sera de servir fidèlement Dieu après avoir expérimenté sa justice et sa miséricorde, et que le peuple reflétera aux autres nations, la véritable nature de Dieu.

Malheureusement, les choses ne se passent pas ainsi. Plutôt que de rendre témoignage à toutes les nations, Israël se met à se plaindre et à accuser Dieu. « L'Éternel ne prête pas attention à notre détresse, il ne tient pas compte de notre cause » (Ésa. 40:27). L'exil babylonien a fait perdre à Israël la foi en son Dieu. Le peuple commence à s'interroger sur sa toute puissance, en se demandant si les dieux de Babylone ne lui sont pas supérieurs.
Les chapitres 41 à 47 sont mis en scène comme dans un procès, où Dieu répond à ces doutes et accusations par les arguments suivants. Tout d'abord, l'exil à Babylone n'était pas une négligence divine, mais un jugement orchestré par Dieu pour punir Israël de ses péchés. Ensuite, c'est pour favoriser le retour d'Israël dans son pays que Dieu a suscité la Perse pour conquérir Babylone et accomplir la parole prophétique d'Ésaïe (Ésa. 13:17). La bonne conclusion que les Israélites devraient tirer est que leur Dieu est le Roi de l'Histoire, donc intemporel, contrairement à leurs idoles. Avec la chute de Babylone et l'ascension du roi perse Cyrus, Israël devrait voir la main de Dieu à l'œuvre et jouer son rôle de serviteur qui rendra témoignage auprès des autres nations. Cependant, à la fin du procès au chapitre 48, nous constatons qu'Israël est toujours aussi rebelle et endurci que ses ancêtres, se disqualifiant ainsi du rôle de serviteur de Dieu auprès des nations. Toutefois, Dieu a toujours pour mission de bénir toutes les nations, c'est pourquoi le prophète précise que Dieu fera une « chose nouvelle » pour résoudre ce problème.
Ésaïe 49-55 : Le roi serviteur meurtri
Dans les chapitres 49 à 55, nous découvrons un nouveau personnage appelé le « serviteur » de Dieu, qui accomplira la mission de Dieu et fera ce qu'Israël n'a pas réussi à faire. Dieu donne à ce serviteur le titre d'« Israël » et lui confie une double mission : ramener le peuple d'Israël vers son Dieu et devenir la « lumière des nations » de Dieu. On nous dit que ce serviteur est investi de l'Esprit de Dieu (Ésa. 42:1 ; Ésa. 48:16) pour annoncer la bonne nouvelle et établir le Royaume de Dieu sur toutes les nations, exactement comme le roi messianique d'Ésaïe dans les chapitres 9 et 11.
Nous découvrons, par la suite, comment ce serviteur établira le Royaume de Dieu en étant rejeté, battu et finalement tué par son propre peuple (Ésa. 49:7 ; Ésa. 50:4-9, et 53). En réalité, il sera accusé et condamné à mort pour les péchés de son peuple : sa mort sera un sacrifice d'expiation pour le mal et la rébellion du peuple. Le serviteur meurt, mais revient soudainement à la vie (Ésa. 53:10-12). Et on apprend ensuite que par sa mort sacrificielle, il a permis aux hommes de devenir « justes », soit de rétablir une bonne relation avec Dieu.
Cette section conclut en décrivant deux façons différentes dont les gens réagiront face au serviteur de Dieu. Certains réagiront avec humilité, se détourneront de leurs péchés et accepteront ce que le serviteur a fait pour eux. Ces personnes sont également appelées « serviteurs » ou « la descendance », en référence à la « sainte descendance » du chapitre 6. Ce sont elles qui recevront la bénédiction du Royaume messianique (ch. 55). D'autres, cependant, rejettent à la fois le serviteur et ses serviteurs et sont simplement appelés « les méchants ».
Ésaïe 56-66 : L'espoir d'une nouvelle création
Nous arrivons maintenant à la dernière partie de ce livre, qui s'étend sur les chapitres 56 à 66, dans lesquels les serviteurs qui suivent le serviteur héritent le Royaume de Dieu. La conception de ces chapitres est une merveille d'art et de symétrie, où tous les thèmes du livre se rassemblent. Au centre se trouvent trois beaux poèmes qui décrivent comment le serviteur investi de l'Esprit annonce la bonne nouvelle du Royaume de Dieu aux pauvres en réaffirmant toutes les promesses d'espoir évoquées plus tôt dans le livre. La nouvelle Jérusalem, habitée par les serviteurs de Dieu, sera le lieu d'où la justice et la miséricorde de Dieu se répandront dans le monde. Ces poèmes sont encadrés par deux longues prières de repentance (chaps. 59 et 63-64). Les serviteurs confessent le péché d'Israël et déplorent tout le mal dont ils sont témoins dans leur environnement, et réclament l'avènement du Royaume de Dieu sur Terre comme il est au Ciel.
De part et d'autre de ces prières figurent d'autres recueils de poèmes (chaps. 56b-58 et 65-66a) contrastant la destinée des serviteurs avec le sort des méchants qui les persécutent. Dieu exercera sa justice sur ceux qui polluent son bon monde par le mal, par leur égoïsme et leur idolâtrie, et les chassera à jamais de sa ville. Les serviteurs qui sont humbles et qui se repentent hériteront par contre de la nouvelle Jérusalem, une allégorie de la création renouvelée, où la mort et la souffrance auront disparu à jamais. À ce stade, il convient de prendre du recul afin de se créer une image panoramique de la vision d'Ésaïe (chaps. 56a et 66b). Dans le monde renouvelé du Royaume de Dieu, les peuples de toutes les nations sont invités à rejoindre les serviteurs au sein de la famille d'alliance de Dieu, afin qu'eux aussi puissent connaître leur Créateur et rédempteur.
Le livre d'Ésaïe s'achève sur une vision grandiose de l'accomplissement de toutes les promesses d'alliance de Dieu. Par le biais du roi serviteur meurtri, Dieu crée une famille d'alliance avec toutes les nations, qui nourrissent l'espoir d'une création renouvelée et de l'avènement du Royaume de Dieu sur Terre comme il est au Ciel.
Tel est le puissant espoir du livre d'Ésaïe.

