Sophonie
À propos

Un aspect important du TaNaK, l'ordre ancien de la Bible hébraïque, est que les 12 œuvres prophétiques allant d'Osée à Malachie, parfois appelées les Prophètes mineurs, ont été conçues comme un seul livre intitulé Les Douze. Sophonie est le neuvième livre des Douze.
Sophonie a vécu pendant les dernières décennies du royaume du sud de Juda, au moment où le roi Josias avait tenté d'apporter un véritable changement dans le pays en supprimant les idoles et en restaurant le temple exclusivement consacré au culte du Dieu d'Israël (2 Ro. 22-23). Seulement, à ce stade, Israël avait été beaucoup trop loin puisque le culte des autres dieux était solidement ancré dans la vie du peuple. L'orgueil de Josias le mena à une mort tragique sur le champ de bataille (2 Chroniques 35:20-25), et Jérusalem se retrouva ainsi dans une opposition frontale avec Babylone. Sophonie avait anticipé cette situation et n'avait eu de cesse de mettre en garde les dirigeants de Jérusalem, des années durant. Ce livre est un recueil de ses poèmes et un résumé de son message.
Le livre de Sophonie est conçu en trois parties. La première partie porte sur le jour du Seigneur dont le jugement s'abattra sur Juda et Jérusalem (Soph. 1:1-2:3), tandis que la seconde partie traite du jour du Seigneur dont le jugement s'exécutera sur les autres nations, puis de nouveau contre Jérusalem (Soph. 2:4-3:8). La troisième partie explore l'espoir qui subsiste pour les nations et Jérusalem au sortir du jugement (Soph. 3:9-20).
Sophonie 1:1-2:3 : Le jugement de Dieu sur Juda et Jérusalem
La première section commence par un bouleversement choquant de Genèse 1. Le monde bon et ordonné de Dieu est sur le point de basculer dans le désordre et les ténèbres, pour redevenir inhabitable. En poursuivant la lecture, on se rend compte que Sophonie développe cette image poétique vivace pour dépeindre la violence de l'effondrement de Jérusalem. Les instances de la ville érigées pour adorer les dieux des Cananéens seront toutes détruites. Tous les dirigeants qui ont perpétré l'injustice, tous les centres économiques adeptes des prêts et emprunts d'usuriers, tous sont voués à disparaître. Sophonie se sert des images apocalyptiques pour souligner la dimension cosmique de ce qui est sur le point de se produire. Dieu permettra à une grande armée de venir s'emparer de Jérusalem.
Il est intéressant de noter que Sophonie ne mentionne jamais l'armée que Dieu utilisera pour exécuter son jugement. Nous savons grâce aux livres de Michée et Habacuc qu'il s'agit de Babylone, mais Sophonie ne le mentionne jamais pour mieux faire ressortir le rôle de Dieu dans l'orchestration de l'ascension et de la chute des nations. C'est en fait ce qui donne de l'espoir à Sophonie. Alors que Jérusalem dans son ensemble ne peut échapper à son destin, Sophonie exhorte tous ceux qui se trouvent dans la ville à « chercher l'Éternel » (Soph. 2:1-3). Il précise que ces fidèles rescapés peuvent être épargnés s'ils se repentent.
Sophonie 2:4-3:8 : Le jugement de Dieu sur les nations et sur Jérusalem
Dans la deuxième partie, Sophonie élargit son champ pour inclure les nations voisines de Juda : les Philistins, les Moabites, les Ammonites et même les Assyriens. Il les accuse toutes de corruption, de violence et d'arrogance, et prédit leur chute face à Babylone (Soph. 2:4-15).
Et, chose étonnante, le dernier peuple ciblé dans cette partie consacrée aux nations païennes est celui des Israélites de Jérusalem. Leurs dirigeants, prophètes, et prêtres se sont mutés en des êtres tellement corrompus, violents, et éloignés de leur Dieu qu'il ne les reconnaît même plus comme siens. La section se conclut sur la décision finale de Dieu. Il est sur le point de rassembler toutes les nations, y compris Jérusalem, pour « déverser sur elles l'ardeur de son indignation » (Soph. 3:8). La justice de Dieu devient un feu dévorant, qui consume le mal dans le pays.

Sophonie 3:9-20 : Espoir pour les nations et Jérusalem
À peine sortis de l'intensité du feu dévorant, que le ton abordé dans la suite menant à la dernière partie du livre nous frappe de surprise ! Ainsi, le feu ardent de la justice divine n'a pas la destruction pour seul but, il a plutôt vocation à purifier les nations, et Jérusalem avec (Soph. 3:9-20). Dieu annonce qu'il guérira, transformera, et unifiera les nations rebelles en une famille et qu'après avoir été purifiées, elles se détourneront du mal et invoqueront le nom de l'Éternel. Ces images témoignent de l'accomplissement de la promesse de Dieu faite à Abraham dans Genèse 12, de trouver un moyen de bénir les nations ainsi que Jérusalem.
La conclusion du livre met l'accent sur la restauration d'une nouvelle Jérusalem, qui sera l'épicentre des autres nations. La présence de Dieu se tiendra aux côtés des fidèles rescapés désormais humbles et transformés par la miséricorde divine. Ces rescapés sont appelés à chanter et à se réjouir, et, dans une image saisissante, on découvre que Dieu est lui aussi un poète qui s'exprime en chanson. « Ton Dieu est au milieu de toi, […] il se réjouira à ton sujet avec des chants de triomphe » (Soph. 3:17). Le dernier poème peint une image poignante de Dieu qui incorpore à sa famille, les marginaux, les pauvres, et les personnes brisées, afin de les élever à une place d'honneur.
Le petit livre de Sophonie contient certaines des images les plus saisissantes de la justice et de l'amour de Dieu, que l'on puisse trouver parmi les Prophètes. La justice de Dieu découle de sa passion à protéger et à sauver son monde de l'horreur du mal et de la violence, causés par l'humain. Il ne tolère tout simplement pas les choses affreuses que les humains s'infligent les uns aux autres et au monde dans lequel ils vivent. Cependant, le jugement de Dieu a un dessein bien plus grand : restaurer et créer un monde où les gens peuvent s'épanouir en toute sécurité et en paix.
Sophonie nous amène à considérer simultanément deux aspects du caractère de Dieu, sa justice et son amour, afin de comprendre qu'ensemble, ils sont porteurs de l'espérance à venir pour notre monde.


