Juges
À propos

Dans le livre précédent, Josué a fini par conduire les tribus d'Israël en terre promise, et les a exhortés à rester fidèles à leur alliance avec Dieu en obéissant aux commandements de la Torah et en servant d'exemple aux autres nations. Le livre débute avec la mort de Josué et malheureusement, la suite de l'histoire est celle de la déchéance totale d'Israël.
Le titre du livre fait référence aux types de dirigeants qu'Israël a connus pendant cette période. Avant d'avoir des rois, les tribus d'Israël étaient gouvernées par des juges. On ne parle pas ici de ceux qui siègent au tribunal, il s'agit de dirigeants régionaux, politiques et militaires, plutôt proches des chefs de clans. Et on vous prévient, le livre des Juges est violent et très troublant. Il raconte l'histoire tragique de la corruption morale d'Israël, de sa mauvaise gouvernance et de la manière dont ce peuple lui-même est devenu semblable aux Cananéens.
Néanmoins, cette triste histoire vise également à susciter de l'espoir pour l'avenir, comme l'illustre la structure du livre. Une grande partie des chapitres 1 et 2 est consacrée à l'introduction qui plante le décor de l'échec d'Israël, qui n'est pas parvenu à chasser les Cananéens restants comme requis. La grande partie principale du livre (Juges 3-16) compile des récits sur la corruption croissante des juges d'Israël. La progression illustre ici comment ces dirigeants israélites sont passés de très bien à corrects, puis de mauvais à pires. La dernière partie (Jug. 17-21) est vraiment effroyable, dévoile le degré de corruption du peuple d'Israël dans son ensemble. Entrons dans le vif du sujet et explorons chaque partie un peu plus en détail.
Juges 1-2 : Compromis moral d’Israël en Terre promise
Dans la première partie, on voit chaque tribu d'Israël installée sur le territoire qui lui est propre dans la terre promise. Bien que Josué ait vaincu d'importantes villes cananéennes, il restait encore pas mal de terres à conquérir où de nombreux Cananéens vivaient encore. Au chapitre 1, figure une longue liste de groupes cananéens qu'Israël n'a pas réussi à chasser du pays.
Pour rappel, le but de l'expulsion des Cananéens était d'éviter l'influence de leur corruption morale et le culte de leurs dieux par le sacrifice d'enfants. Dieu avait appelé Israël à être un peuple saint et pourtant, ils en étaient vraiment loin. Le chapitre 2 décrit comment Israël en s'installant aux côtés des Cananéens a simplement suivi leurs traces en adoptant toutes leurs pratiques culturelles et religieuses.
Puis, juste là, au chapitre 2, le récit marque une pause et pendant la quasi totalité du chapitre, le narrateur nous donne un aperçu de tout ce qui doit se dérouler dans la suite du livre. Cette phase de l'histoire d'Israël se caractérise par une succession de cycles en spirale décadente. Israël devenait progressivement comme les Cananéens à force de pécher contre Dieu. Dieu permettait alors qu'ils soient conquis et opprimés par les Cananéens. Les Israélites finissaient par reconnaître leurs erreurs, se repentaient, et Dieu suscitait parmi eux un libérateur, un juge, qui leur assurait la victoire sur l'ennemi et instaurait une ère de paix. Mais, tôt ou tard, Israël se remettait à pécher et tout le cycle était relancé. Ce cycle, qui définit la structure littéraire et la trame de la section suivante du livre, se répète pour chacun des six juges principaux dont les histoires sont ici relatées.
Juges 3-16 : Six juges d'Israël, dont Gédéon et Samson
Les récits des trois premiers juges, Othniel, Ehud et Débora, sont des aventures épiques extrêmement sanglantes. Ce sont soit les juges eux-mêmes, soit des personnes qui les aident à vaincre leurs ennemis et à délivrer le peuple d'Israël. Les récits concernant les trois juges suivants sont plus longs et mettent l'accent sur leurs failles de caractère, qui ne font qu'aller progressivement de mal en pis.

Gédéon (Jug. 6-9) commence assez bien. Il est d'une nature plutôt lâche, mais il finit par croire que Dieu peut se servir de lui pour sauver Israël. Il parvient à vaincre une immense armée de Madianites avec seulement 300 hommes armés uniquement de torches et de cruches en argile. Toutefois, avec son tempérament impulsif, Gédéon assassine plusieurs de ses compatriotes israélites pour ne pas l'avoir aidé au combat. Et pour ne rien arranger, il se fabrique une idole avec l'or qu'il a gagné au combat, idole que tout Israël adore comme un dieu, après sa mort. Puis, le cycle recommence.
Le juge principal suivant est Jephté (Jg. 10-12), qui a un profil proche du caïd mafieux niché dans les collines. Israël s'étant retrouvé face à une situation des plus critiques, les anciens vinrent le trouver pour le supplier de les diriger. Jephté s'est en fait révélé comme un chef très efficace, puisqu'il a remporté de nombreuses batailles contre les Ammonites. Mais en fin de compte, il connaissait si peu le Dieu d'Israël qu'il le traita comme une divinité cananéenne en promettant de lui sacrifier sa fille s'il remportait la bataille. Cette tragédie révèle la profondeur du gouffre dans lequel Israël a sombré. Désormais ignorants du caractère de leur propre Dieu, ils s'adonnent aux meurtres et à de faux cultes.
Le dernier juge, Samson (Jg. 13-16), est de loin le pire. Sa vie commença sous les meilleurs auspices, mais il n'avait aucun respect pour le Dieu d'Israël, en plus d'être volage, violent, et arrogant. Il remporta des victoires à la fois stratégiques et brutales face aux Philistins, seulement au prix de son intégrité. Tout cela pour que ses jours s'achèvent dans un violent bain de sang lors d'un massacre de masse.
L'heure est à une brève remarque. Vous noterez qu'un thème récurrent ressort ici : à des moments clés, l'Esprit de Dieu investit chacun de ces juges de sorte à accomplir des actes significatifs de délivrance. Ce n'est pas parce que Dieu se sert de ces personnes qu'il approuve tous leurs choix, ou parfois le moindre. Dieu est déterminé à sauver son peuple, mais il ne dispose que de ces dirigeants pervertis pour y parvenir. C'est donc avec eux qu'il travaille.
Toute cette section du livre des Juges montre à quel point la situation s'est détériorée. Il n'est plus possible de distinguer les Israélites des Cananéens, et cela ne concerne que les dirigeants ! Et pour poursuivre sur cette lancée, dans son ensemble, la dernière partie montre qu’Israël touche le fond.
Juges 17-21 : Israël sombre dans l'autodestruction
Dans les chapitres 17-18 et 19 à 21, figurent deux histoires tragiques dont les âmes sensibles devraient s'abstenir. Elles sont ponctuées par une phrase clé qui est répétée quatre fois : « En ces jours-là, il n’y avait point de roi en Israël ; mais chacun faisait ce qui lui semblait être droit » (Jug. 17:6 ; Jug. 18:1 ; Jug. 19:1, et 21:25).
Dans la première histoire, un Israélite nommé Mika construit un temple privé dédié à une idole. Ce temple est ensuite pillé par une armée privée envoyée par la tribu de Dan. Les soldats de Dan volent tout, mais pire encore, ils réduisent en cendres la paisible ville de Laïch, dont ils exterminent tous les habitants. C'est une chose horrible que de voir Israël oublier son Dieu et marcher selon la raison du plus fort !
L'histoire suivante est bien pire : un récit choquant mêlant abus sexuels à une inqualifiable violence, qui conduira Israël à sa première guerre civile. Elle est d'un caractère extrêmement troublant, ce qui est le but recherché. Ces histoires servent d’avertissement. Si Israël s'est engagé sur la voie de l'autodestruction, c'est pour s'être détourné du Dieu qui l'avait sauvé de l'esclavage en Égypte. Désormais, ils ont besoin d'être délivrés à nouveau, mais d'eux-mêmes cette fois.

La seule lueur d'espoir se trouve dans cette phrase répétée dans la dernière partie, et qui constitue également la dernière phrase du livre : « Il n'y avait point de roi en Israël » (Jug. 21:25). Le décor est planté pour que les livres suivants retracent les origines de la famille du roi David (le livre de Ruth) ainsi que les origines de la royauté elle-même en Israël (Samuel).
Le livre des Juges est une perle dans l'exploration implacable des tréfonds de la condition humaine, mais au bout du compte, il présage de la grâce divine qui envoie un roi sauver son peuple.
Foire Aux Questions
Vous trouverez ci-dessous, certaines questions les plus couramment posées en ligne au sujet de ce livre.
Contrairement aux rois, les juges n'héritaient pas de leur fonction ; ils étaient directement suscités par Dieu, ou nommés par le peuple. Dans le livre des Juges, Dieu suscite des juges pour servir de libérateurs militaires et diriger le peuple en temps de crise, les investissant de son Esprit afin qu'ils accomplissent leur vocation (Jug. 2:18, Jug. 3:9-10). Deutéronome 16:18 invite les Israélites à nommer des juges dans chaque ville afin de « juger avec droiture » les litiges et les affaires judiciaires (voir aussi Exo. 18 ; Deut. 17:9, Deut. 19:17).
Ainsi, lorsque le juge Samuel agit tel un roi en nommant ses fils pervertis pour lui succéder, les Israélites ont la lucidité de rejeter leur autorité, car les juges ne sont pas établis de cette manière. Paradoxalement, plutôt que de faire confiance à Dieu pour les guider, le peuple veut un roi humain (au même titre que les nations environnantes). Ils supplient donc Samuel d'établir un roi pour régner sur eux (1 Sam. 8:1-6), un choix qui s'avérera désastreux en fin de compte.
Le livre des Juges répertorie 12 juges (qui représentent les 12 tribus d'Israël), dont six ont des profils résumés en six courts épisodes, avec six récits plus longs couvrant les six autres juges.
Profils des juges :
- Shamgar (Jug. 3:31)
- Tola (Jug. 10:1-2)
- Jaïr (Jug. 10:3-5)
- Ibtsan (Jug. 12:8-10)
- Elôn (Jug. 12:11-12)
- Abdôn (Jug. 12:13-15)
Récits des juges :
- Othniel (Jug. 3:7-11)
- Ehud (Jug. 3:12-30)
- Deborah/Barak (Jug. 4-5)
- Gédéon (Jug. 6-8)
- Jephté (Jug. 10:6-12:7)
- Samson (Jug. 13-16)
Autre part dans la Bible hébraïque, Moïse (Exo. 18:13-16) et Samuel (1 Sam. 7:15-17) sont également décrits comme des Juges. Les Israélites nomment également plusieurs anonymes pour servir de juges et résoudre les différends parmi le peuple (Exo. 18:21-26 ; Deut. 16:18).
Le livre des Juges nous enseigne comment Dieu reste fidèle à son peuple, respecte ses engagements envers celui-ci à qui il témoigne une grande miséricorde. Même lorsque les Israélites se détournent de lui à maintes reprises, Dieu répond toujours à leurs appels à l'aide, par des actes d'amour, en suscitant des juges pour les délivrer.
Dans le même temps, le livre met en évidence les conséquences du choix répété d'Israël de se détourner de Dieu et de rejeter son mode de vie. Lorsqu'ils adoptent les pratiques néfastes et perverses de leurs voisins cananéens, Dieu les livre à ces derniers.
À mesure que les Israélites s'éloignent de plus en plus des instructions de Dieu et font plutôt ce qu'ils considèrent comme droit à leurs propres yeux, la nation sombre dans le chaos. Les derniers chapitres du livre sont le théâtre d'une véritable tragédie, où violence, effondrement moral, et guerre civile, sont ponctués par le refrain : « En ces jours-là, il n’y avait point de roi en Israël ; mais chacun faisait ce qui lui semblait être droit » (Jug. 17:6, Jug. 21:25 NASB).
Le livre des Juges soulève donc la question suivante : le problème d'Israël réside-t-il dans l'absence d'un roi humain ou dans son refus de considérer Dieu comme son véritable roi ? Lorsque Dieu donne au peuple le roi humain qu'il désire (1 Sam. 8), il l'avertit que les rois suivent souvent le même schéma retors que les juges, en faisant ce qui leur semble droit. En définitive, ce livre incite les lecteurs à réfléchir aux limites du leadership humain et à la nécessité d'une orientation divine pour instaurer une justice et une paix véritables.
Le livre des Juges répète sans cesse le même scénario, comme une chanson qui tourne en boucle. Le cycle commence lorsque les Israélites font « ce qui est mal aux yeux de Yahweh » en adorant d'autres dieux (Jug. 2:11, Traduction BibleProject). En réponse, Dieu leur retire sa protection et permet aux nations voisines de les opprimer. Puis, dans leur détresse, les Israélites crient à Dieu, qui suscite un juge pour les sauver. Lorsque le juge délivre le peuple de ses ennemis, le pays entre dans une période de paix, jusqu'à la mort du juge. Puis le peuple retombe dans son infidélité, et le cycle repart de plus belle (Jug. 2:14-19).
Dans les récits bibliques, les schémas répétitifs servent souvent de procédés rhétoriques pour susciter des attentes chez les lecteurs. Et voir l'auteur s'écarter de ce schéma est l'indicateur d'un élément important à relever, une invitation à prêter attention. Et nous voyons ce schéma se fissurer dans l'histoire de Jephté (Jug. 11:1-12:7). Contrairement aux autres cas où Dieu suscite un juge, dans cette histoire, les Israélites désignent eux-mêmes leur propre libérateur : Jephté. C'est un maraudeur et un opportuniste, poussé par la peur et la survie, qui dirige un groupe d'« hommes sans valeur » (Jug. 11:3, Traduction BibleProject).
Pourtant, l’histoire montre que Dieu a investi Jephté de son Esprit (Jug. 11:29) et l'a habilité à remporter la victoire sur les ennemis d’Israël. Dieu fait preuve d'une profonde compassion envers son peuple en agissant par l'intermédiaire de dirigeants imparfaits comme Jephté afin de les sauver, malgré leur infidélité répétée à son égard.
Mais cette variation dans le récit de Jephté met également en lumière la réticence croissante du peuple à s'en remettre à Dieu pour être bien guidé. Au fil du récit, il apparaît clairement que ce schéma répétitif n'est pas seulement un cycle, mais une spirale décadente, qui entraîne Israël dans un chaos de plus en plus opaque (voir Jug. 17-21).
Dans le livre des Juges, les Israélites crient sans cesse à Dieu, demandant à être délivrés de leurs ennemis oppresseurs. Auparavant, après avoir entendu leurs « soupirs » (*ne'aqah en hébreu), Dieu avait sauvé les Israélites de l'esclavage en Égypte (Exo. 2:24). Et à présent, il entend à nouveau leurs « Soupirs » (ne’aqah) (Jug. 2:18). Les Israélites se sont détournés de Dieu et ont choisi de se fier aux dieux de leurs voisins cananéens. C'est pourquoi Dieu leur a retiré sa protection, permettant ainsi à leurs ennemis de les opprimer (Jug. 2:11-15).
Certains interprètes ont perçu les cris des Israélites à Dieu comme un signe de leur retour vers lui avec une dévotion sincère. Mais quand ils crient dans Juges 6:7-10, on voit clairement qu'ils n'ont pas renoncé à adorer les idoles. En réponse à leur cri, Dieu suscite un juge nommé Gédéon et lui ordonne de détruire un autel dédié au dieu cananéen Baal. Lorsque Gédéon poursuit et détruit la ville, les habitants de la ville sont en colère et veulent le tuer (Jug. 6:25-30). Dans cette histoire, le « cri » est moins une question de dévotion sincère à Dieu qu'une issue de secours inaccessible sans son aide.
Ce n'est que dans Juges 10 que les Israélites expriment clairement leur remords d'avoir abandonné Dieu au profit de dieux étrangers (Jug. 10:10). Mais Dieu n'accepte pas aussitôt leur confession, car, malgré le fait qu'il les ait sauvés à maintes reprises, ils n'ont eu de cesse de se détourner de lui. C'est pourquoi il leur demande à présent de faire appel à leurs autres dieux pour les sauver. Pourtant, lorsque les Israélites font preuve de sincérité en se débarrassant de leurs idoles, Dieu répond avec compassion (Jug. 10:11-16).
Le livre des Juges souligne le caractère généreux et inébranlable de la miséricorde de Dieu envers les hommes. Il répond systématiquement à leurs cris en les délivrant de leurs ennemis, même lorsqu'ils ne montrent pas clairement leur engagement envers lui.
De manière générale, les juges d'Israël ne sont pas des prophètes. Dans le livre des Juges, ils sont avant tout des chefs militaires qui délivrent les Israélites de leurs ennemis. Il y a, autre part, des juges qui sont nommés pour arbitrer les litiges et statuer sur les questions juridiques (Exo. 18:13-26). En revanche, les prophètes parlent de la part de Dieu au peuple, pour les avertir souvent des conséquences de leur rejet des instructions de Dieu.
Toutefois, certains juges ont également une fonction prophétique. Moïse agit en tant que juge (Exo. 18) et est le prophète par excellence d'Israël, à qui Dieu parle « face à face » (Deut. 34:10 ; voir aussi Deut. 18:15-18). Débora, la seule juge du livre des Juges à arbitrer les conflits plutôt que d'agir en tant que chef militaire, sert également de prophète et invite Barak à délivrer les Israélites de leurs oppresseurs cananéens (Jug. 4:4-9). Et le dernier juge d'Israël, Samuel, devient prophète à une époque où peu de gens entendent Dieu (1 Sam. 3:1 ; 1 Sam. 3:1 Sam. 3:19-21 ; 1 Sam. 7:15-17).
Dieu a choisi des juges pour délivrer les Israélites de leurs ennemis. Dans le livre des Juges, le peuple se détourne à plusieurs reprises de Dieu, perdant ainsi sa protection, ce qui permet à d'autres nations de l'opprimer. Malgré l'infidélité de son peuple, Dieu reste fidèle à ses engagements envers lui, répondant à ses appels à l'aide en suscitant des juges pour le délivrer.
Mais le livre ne donne pas de raisons précises pour lesquelles Dieu choisit chaque juge. Leurs imperfections sont généralement très flagrantes et ils reflètent la spirale accélérée d'Israël vers le chaos moral, qui finit par conduire la nation au seuil de sa propre destruction. Gédéon est transi de peur, Jephté formule un vœu dévastateur, et Samson se laisse porter par ses pulsions au gré de ses appétits coupables.
Ainsi, Dieu ne choisit pas les juges parce qu'ils sont la parfaite incarnation du mode de vie qu'il attend des Israélites. Mais en agissant à travers eux, Dieu montre que les faiblesses humaines ne peuvent pas empêcher son pouvoir de sauver et de restaurer son peuple. En outre, le livre des Juges souligne la nécessité d'un futur dirigeant en mesure de rompre le cycle de rébellions, une bonne fois pour toutes.
Ehud est un juge israélite qui délivre son peuple des Moabites en prétendant avoir un message secret pour le roi moabite, puis en lui transperçant le ventre avec son épée tenue de la main gauche du roi, puis en lui transperçant le ventre avec son épée tenue de la main gauche (Jug. 3:15-23). Mais pourquoi le livre des Juges précise-t-il qu'Ehud se sert de sa main gauche ?
Cette information, mineure semble-t-il, est au cœur des signes distinctifs d'Ehud. Dès la première phrase de son profil, l'histoire nous précise qu'il est « gaucher ». (Ou éventuellement « ambidextre », selon la première traduction grecque de l'Ancien Testament.) Elle note également avec ironie que ce juge gaucher est issu de la tribu de Benjamin, qui signifie « fils de ma main droite », suggérant peut-être qu'il surpassera les attentes.
Les hommes capables de se servir de leur main gauche au combat avaient un net avantage face à des soldats principalement droitiers. Juges 20:16 décrit un contingent d'élite de 700 soldats benjaminites gauchers (ou ambidextres), capables de lancer des pierres avec une précision mortelle.
Et la capacité d'Ehud à utiliser sa main gauche pourrait expliquer comment il a réussi à discrètement introduire son arme dans le palais. Un poignard était généralement dans son étui au-dessus de la cuisse gauche pour être dégainé avec la main droite. Donc, le poignard au-dessus de sa cuisse droite (voir Jug. 3:16) échappe à l'attention des gardes et permet à Ehud de surprendre le roi moabite en s'approchant de lui.
Dans le livre des Juges, le caractère des juges reflète parfaitement celui du peuple : tous deux ont du mal à suivre Dieu et sombrent dans une effroyable spirale destructrice. Le juge dépeint de la manière la plus exemplaire est Débora. Elle fait preuve d'un immense courage et a la conviction que Dieu livrera les ennemis de son peuple entre leurs mains (Jug. 4:6-7). Et, comme Moïse et Miriam, elle célèbre leur victoire par un cantique commémorant la délivrance de Dieu (Jug. 5 ; voir Exo. 15:1-21).
Gédéon est présenté comme un personnage craintif qui hésite à croire aux promesses de Dieu, et est en quête de signes multiples (Jug. 6:16-21 ; Jg. 6:36-40). Bien qu'il ait miraculeusement délivré son peuple avec une petite armée de 300 hommes, sa vie est marquée par les contradictions. Il a la noblesse de refuser l'offre de devenir roi, affirmant que seul Dieu régnera sur Israël (Jug. 8:23). Mais il agit exactement comme un roi cananéen, par la brutalité de ses exécutions sommaires (Jug. 8:4-17), ses actes plongeant Israël davantage dans l'idolâtrie (Jug. 8:24-27), et allant même jusqu'à donner à l'un de ses nombreux fils le nom d'Abimélec, qui signifie « mon père est roi » (Jug. 8:30-31).
Jephté fait le malheur de sa famille à la suite d'un vœu irréfléchi. Il déclare que si Dieu lui donne la victoire sur ses ennemis, il lui offrira en sacrifice la première personne qu'il verra sortir de sa maison à son retour. Or, cette personne se trouve être sa fille unique (Jug. 11:30-34). Plutôt que de préserver la vie de sa fille et d'accepter les conséquences de la rupture de son vœu (voir Deut. 23:21), il l'offre en sacrifice à Dieu (Jug. 11:39-40), ce qui constitue une violation flagrante de la loi (Lév. 20:2-5 ; Deut. 12:31).
Le dernier juge du livre, Samson, semble bien plus intéressé par l'assouvissement de ses appétits pour les femmes et sa soif de vengeance que par le service à Dieu (Jug. 14-16). Même son acte de délivrance le plus significatif; où il tue 3 000 Philistins, et lui-même avec, en brisant les piliers d'un temple idolâtre; est motivé par un désir de vengeance plutôt que par le souci de son peuple en souffrance (Jug. 16:23-30).
Le livre des Juges montre la volonté de Dieu d'œuvrer à travers les faiblesses humaines pour sauver son peuple. Et il ravive également l'espoir qu'un jour, un dirigeant fidèle viendra guider Israël sur la voie de la sagesse divine.

