Ecclésiaste
À propos

Ce livre unique des textes de sagesse de la Bible s'ouvre ainsi : « Paroles du Qohelet, fils de David, roi de Jérusalem. » Le mot hébreu qohelet signifie « celui qui rassemble les gens ». Dans le cas présent, le rassemblement a pour but d'écouter et d'apprendre, d'où sa fréquente traduction par « enseignant ». Cette personne est identifiée comme étant un fils ou un descendant du roi David, mais les opinions divergent quant à son identité réelle. Nombreux sont ceux qui l'ont relié au roi Salomon. Certains pensent qu'il s'agit d'un roi ultérieur de la lignée de David, et pour d'autres, ce serait d'un enseignant israélite qui a vécu quelques générations plus tard et adopté une style pédagogique « typique de Salomon ».
Quoi qu'il en soit, l'essentiel est de distinguer l'enseignant comme un personnage du livre, de l'auteur qui est tout autre et reste anonyme. Bien que la voix prépondérante du livre soit celle de l'enseignant, une autre voix s'en dégage, celle de l'auteur qui commence par nous présenter l'enseignant et conclut ensuite le livre, avec une synthèse et une évaluation de l'ensemble des propos de l'enseignant. C'est une personne qui, non seulement, tient à nous faire entendre tout ce que l'enseignant a à dire, mais qui souhaite également nous aider à assimiler ces informations en nous forgeant notre propre opinion.
Le message de l'enseignant dans l'Ecclésiaste
Quel message concret l'enseignant souhaite-t-il faire passer ? L'auteur résume le message fondamental de l'enseignant au début (Ec. 1:2) et à la fin (Ecc. 12:8) : « Hevel, hevel, tout est absolument hevel. » Dans la plupart des versions françaises de la Bible, ce mot « hevel » est traduit par « vanité », ce qui ne rend pas justice aux nuances du mot dans ce contexte. En hébreu, hevel signifie littéralement « vapeur » ou « fumée ». Tout au long du livre de l'Ecclésiaste, l'enseignant se sert 38 fois de ce mot comme une métaphore pour dépeindre le caractère temporaire et évanescent de la vie semblable à un écran de fumée, en plus de sa facette énigmatique et paradoxale. La fumée est bien distincte et peut s'épaissir, mais à peine essaie-t-on de la saisir qu'elle s'évapore, comme si de rien n'était.
Tel est le fond de la pensée de l'enseignant. Il y a tant de bonté et de beauté dans le monde, mais à peine commence-t-on à en profiter qu'une tragédie survient et l'instant d'après, tout semble au bord de l'effondrement. La plupart des gens savent distinguer le bien du mal et ont un sens aigu de la justice, alors pourquoi les bonnes personnes doivent-elles tout le temps subir les mauvaises choses, malgré nos bonnes intentions ? La vie est constamment imprévisible et instable ou, selon la description de l'enseignant, comme « la poursuite du vent ».
« Tout est hevel ». Cette devise phare de l'enseignant est déprimante à souhait ! Quel est l'intérêt de tenir de tels propos ? L'objectif principal de l'auteur est de cibler tous les moyens par lesquels nous donnons un sens et un but à notre vie en excluant Dieu, puis de laisser l'enseignant les déconstruire. L'auteur se dit que les gens passent la majeure partie de leur temps à consacrer leurs forces et émotions à des choses qui, en fin de compte, sont dépourvues de sens et d'importance. D'où la tribune qu'il donne à l'enseignant afin de nous ramener à la réalité.

Ecclésiaste 1:3-12:7 : Une vie excluant Dieu
L'objectif en question ressort le plus clairement dans les premier et dernier poèmes, qui ont pour thèmes le temps (Ec. 1:3-11) et la mort (Ecc. 11:7-12:7). Selon l'enseignant, si pour donner du sens à notre vie, nous ne ciblons que le travail et la réussite, alors il est préférable de nous arrêter pour réfléchir à la marche du temps. Malgré tous les efforts humains déployés à travers le monde, rien ne change vraiment. Bien sûr, nous développons des technologies et des nations entières connaissent essor et déclin, mais essayez de gravir une montagne pour voir si elle s'en soucie. Elle trônait déjà là bien avant nous tous, et restera inamovible longtemps après notre départ. Dans cent ans, personne ne se souviendra de vous, de moi ou de ce que nous avons réalisé, mais cette montagne surplombera toujours le paysage, l'océan continuera de déferler sur la plage et le soleil poursuivra sa course entre lever et coucher. Avec le temps, nous finirons tous par disparaître, vous, moi et tout ce qui nous tient à cœur.
Et comme si cela n'était pas assez déprimant, l'enseignant ne cesse de parler de la mort tout au long du livre, notamment dans le poème proche de la fin (Ecc. 11:7-12:7). La mort est le grand égalisateur. Face à elle, la plupart de nos activités quotidiennes se retrouvent vidées de leur sens. Peu importe qui vous êtes, ou ce que vous avez fait, en bien ou en mal, tout le monde finit par mourir. La mort engloutit les sages et les insensés, les riches et les pauvres. C’est inévitable.
C'est à travers le prisme de ces deux facteurs que l'enseignant évalue toutes les activités et les espérances mal placées auxquelles nous consacrons nos vies, pensant y trouver sens et importance : richesse, carrière, statut social ou plaisir. Aussi significatifs que vos objectifs puissent paraître, la marche du temps et notre mort imminente les réduisent tous à hevel. Vous croyez qu'en travaillant d'arrache-pied pour votre carrière, votre vie aura plus de sens ? Pensez à tout le stress et à son emprise sur vous, l'anxiété, les nuits blanches. Vous serez probablement trop vieux pour profiter des fruits de votre labeur au moment de les récolter, alors vous devrez les transmettre à d'autres personnes susceptibles de déprécier vos réalisations. Qu'en est-il du plaisir ? Vous croyez que la vie se résume à cela ? Ne vous en privez pas, vivez pour profiter de vos vacances et vos fêtes du week-end. Le lundi finit par arriver.
Que préconise donc l'enseignant ? Devrions-nous tous devenir de purs hédonistes ou des relativistes ? Non, car c'est tout aussi hevel. L'enseignant apporte sa caution aux fondamentaux des Proverbes : vivre selon la sagesse et la crainte de l'Éternel présente de réels avantages. De manière générale, votre vie ne s'en portera que mieux si vous suivez ces principes (Ecc. 7:11-12, 9:13-18). Le problème est que le fait de vivre selon la sagesse et la crainte de Dieu se résument également à hevel, car cela ne garantit pas une bonne vie. Les gens bien peuvent mourir tragiquement, tandis que les gens odieux peuvent vivre longtemps et prospérer. Il y a bien trop d'exceptions, donc la sagesse même en devient hevel. Encore une fois, il n'implique pas que cette démarche soit totalement vaine, seulement qu'on est face à une énigme dont les règles dépassent notre entendement.
Quelle est donc la marche à suivre au milieu de tout ce hevel ? Paradoxalement, l'enseignant dévoile que la clé pour profiter véritablement de la vie est d'accepter le hevel, de reconnaître que tout dans la vie échappe totalement à notre contrôle. Environ six fois, aux moments les plus sombres de son discours, l'enseignant mentionne subitement « le don de Dieu », qui consiste à apprécier les choses simples et bonnes de la vie telles que l'amitié, la famille, un bon repas ou une journée ensoleillée.

Vous et moi sommes incapables de contrôler les choses les plus importantes de la vie. Rien n'est garanti, et, curieusement, c'est en cela que réside toute sa beauté. Lorsque j'adopte une attitude de confiance totale en Dieu, cela me libère d'un poids et me permet de simplement profiter de la vie telle qu'elle me vient, et non à l'évaluer selon mes attentes. Au bout du compte, même mes attentes dans la vie, mes espoirs et mes rêves, ne sont que « hevel, hevel. Tout sous le soleil est hevel. »
Ecclésiaste 12:9-14 : La sage conclusion de l’auteur
Alors que les paroles de l'enseignant arrivent à leur terme, l'auteur reprend le relais pour clôturer le livre sur ses propres notes. Il souligne l'importance d'écouter ce que l'enseignant a à dire. Il assimile les paroles de l'enseignant au bâton d'un berger doté d'un aiguillon, dont la pointe peut être blessante à chaque pique. Mais cette douleur peut finir par vous orienter dans la bonne direction, vers davantage de sagesse.
L'auteur nous prévient contre une interprétation exacerbée des propos de l'enseignant. L'on peut passer toute sa vie noyé dans des livres à tenter de résoudre les énigmes existentielles de la condition humaine. Inutile de vous épuiser, dit-il, car vous n'en verrez jamais le bout. L'auteur tire plutôt sa propre conclusion : « Nous devrions craindre l'Éternel et garder ses commandements ; c'est là tout le devoir des humains. Car Dieu jugera toute œuvre, même celles qui ont été accomplies en cachette, les bonnes et les mauvaises » (Ecc. 12:13-14).
Il est bon de laisser l'enseignant démonter nos espérances mal placées et nous rappeler que le temps et la mort situent la plupart des choses de la vie hors de notre contrôle. Ce qui donne un sens véritable à la vie, c'est l'espérance du jugement de Dieu, qui, un jour, dissipera tout le hevel et instaurera la véritable justice dans notre monde. Cette espérance est ce qui devrait nous inciter à mener une vie honnête et intègre aux yeux de Dieu, même si nous demeurons perplexes face aux mystères de la vie. Et curieusement, cette perplexité peut servir à nous mener à la paix véritable.
Telle est la surprenante sagesse du livre de l'Ecclésiaste.

