Qu’est-ce que le Sermon sur la montagne ?

L'instruction de Jésus sur la vie de plénitude

Par les Biblistes de BibleProject
7 décembre 2023
8 min de lecture
Intro au Sermon sur la montagne
5:19
Le Sermon sur la montagne
Intro au Sermon sur la montagne

Le Sermon sur la montagne est l'enseignement le plus connu de Jésus et l'un des discours les plus célèbres de l'Histoire. Jésus a donné ce sermon il y a 2000 ans mais les implications de ses propos restent d’une actualité et d’une éloquence saisissantes.

En mettant l’accent sur l’humilité, le pardon, et la générosité envers son prochain, Jésus encourage les gens à choisir la voie de l’amour de Dieu qui finira par renouveler l’ensemble de la création. Et c'est ce monde restauré qu'il désigne par Royaume de Dieu. Il s’agit d’un royaume où le Ciel et la Terre sont indissociables, un lieu où s’épanouit une vie exempte d’injustice, de souffrance, et de mort.

Nous ne savons pas exactement si Jésus a prononcé le Sermon sur la montagne d'une seule traite lors d'un discours, ou si Matthieu a compilé les enseignements clés de Jésus au fil du temps et les a agencés sous forme de sermon (rapporté dans Matthieu 5-7). Quoi qu’il en soit, ce sermon contient certaines des exigences éthiques les plus rigoureuses de la Bible. Il inclut également des idées déroutantes telles que « heureux sont les artisans de paix », « aimez vos ennemis » et « priez pour ceux qui vous persécutent ».

Ces idées passeraient pour des idéaux utopiques, voire absurdes (et légers) dans nos empires modernes où le leadership est généralement affaire de force et de pouvoir, plutôt que de vulnérabilité et d’amour.

Pourquoi enseigner sur une montagne ?

Dans le Sermon sur la montagne de l’Évangile de Matthieu, Jésus est situé exprès sur une vaste colline (ou montagne, Matt. 5:1), d'où il s’adresse à un groupe d’agriculteurs et d’ouvriers juifs accablés du fait de leur oppression par Rome (et par d’autres nations puissantes) qui dure depuis bien trop longtemps. Ils en ont assez d’être malmenés, raillés, et de s'enliser dans la misère sous le poids des taxes imposées par les tenants du pouvoir. Et tout comme leurs ancêtres hébreux, qui avaient été esclaves plusieurs siècles auparavant sous la poigne de fer d'un tyran égyptien, ils ont besoin d’un sauveur.

C’est à ce moment que Jésus de Nazareth entre en scène, l’humble enseignant dont le nom circule discrètement sur toutes les lèvres. En famille et entre amis, les gens disent du bien de lui, mais les tenants du pouvoir s'irritent au moindre de ses propos.

Au moment où il donne le Sermon sur la montagne, nombreux sont ceux qui considèrent déjà Jésus comme un grand prophète de la trempe de Moïse. Matthieu souligne que les foules s’assemblent pendant que Jésus gravit une « montagne ». Cette scène d'un homme qui donne un enseignement sur une montagne à un peuple opprimé rappelle un épisode précédent : un certain Moïse donnant des instructions au Mont Sinaï au peuple hébreu à peine libéré de l’esclavage. En associant cette succession de symboles, il paraît évident pour plusieurs dans la foule que Jésus serait une sorte de sauveur, d'où leur interrogation : « Ce Jésus serait-il un nouveau type de Moïse ? »

Matthieu compare Jésus à Moïse tout en prenant soin de montrer ce qui le distingue de Moïse, d'autant plus que son instruction n'est pas une simple répétition de la loi de Moïse. Dans Matthieu 5:17, Jésus affirme ne pas abolir ce que Moïse a donné, son rôle étant de « lui donner son plein sens ». L’enseignement de Jésus approfondit et développe cette première instruction (en hébreu : torah) donnée par Moïse.

Pour mieux répondre à la question « Qu’est-ce que le Sermon sur la montagne ? », il nous faut sonder en profondeur les trois principales caractéristiques brièvement mentionnées plus haut. Nous devons analyser :

  1. Les aspects sous lesquels Matthieu dépeint Jésus comme un nouveau Moïse
  2. Comment l’enseignement de Jésus « donne son plein sens » à la loi de la Bible hébraïque
  3. Ce que Jésus entend par le Royaume de Dieu

Jésus, le nouveau Moïse

Tout au long du récit biblique, Dieu instruit les hommes de bien des manières, mais seuls deux enseignants – Moïse et Jésus – deviennent des instructeurs humains de premier plan. Moïse était le seul à avoir pu rencontrer Dieu face à face (Exo. 33:11), et Jésus est Dieu lui-même en chair et en os. Dans le Sermon sur la montagne de Matthieu, Dieu se révèle en la personne de Jésus comme un nouveau Moïse venu sauver non seulement tout Israël, mais aussi toute l’humanité.

Ainsi, Matthieu dépeint Jésus non seulement comme un nouveau Moïse, mais un Moïse de plus grande envergure. S’il est vrai que Jésus ne requiert jamais de personne les marques de respect et de révérence propres à son époque, les foules parviennent tout de même à lui reconnaître une autorité supérieure qui imprègne ses propos. Son enseignement semble résonner de vérité et il cadre avec les instructions de la Bible hébraïque qu’elles connaissent déjà, ce qui ne l’a pas empêché de parvenir à les stupéfier (Mat. 7:28).

Jésus bouleverse les attentes courantes de leur monde. Et il se trouve que l’enseignement de Moïse avait également bouleversé les attentes courantes de l’empire égyptien et de ses esclaves hébreux. Moïse a appris à un peuple asservi à devenir libre sans avoir à recourir à la violence, mais par une attention fixée sur Dieu et une discipline à suivre son orientation, en se fiant à ses seules instructions ; thème devenu central dans la suite du récit de l’Exode. Cela devait sembler fou aux yeux d’un peuple réduit en esclavage : il suffirait donc de suivre Dieu pour qu'il neutralise leurs ennemis ? Bien-sûr... Mais ils l’ont fait et Dieu les a libérés comme promis.

Comme la plupart d’entre nous à travers l’Histoire, les foules qui écoutaient Jésus croyaient qu’il était nécessaire d'avoir une puissance militaire massive et la richesse pour lever des armées, afin d’éradiquer le mal dans notre monde. Mais Jésus est aux antipodes de ce concept et de toute idée reposant sur la force, la contrainte, ou la violence. Sa vie est une promesse qu'au bout du compte, la puissance de l’amour de Dieu couplée à tous ceux qui choisissent de l’adopter, finiront non seulement par surmonter le mal, quel qu'il soit et où qu'il soit, mais par l’anéantir.

Ne combattez pas le mal en usant du pouvoir du mal, dit Jésus, joignez-vous plutôt à Dieu pour créer de la bonté sur toute la terre. Si les disciples de Jésus mettent en pratique ses paroles, ils verront en chaque ennemi, un prochain et un miracle de Dieu digne d’être aimé. Tout mal et tout oppresseur sera finalement vaincu, enseigne Jésus, sans la moindre épée mais par la seule force de l’amour créatif et réparateur de Dieu.

Tel était le but exact visé par la loi de Moïse. Elle a toujours eu vocation à transformer ses disciples en des personnes aimantes qui honorent Dieu en bénissant chaque famille de la Terre (voir Genèse 12:1-3). Jésus concrétise désormais cette vocation en achevant – ou en donnant son plein sens à – l’œuvre que Moïse a entamée.

Comment l’enseignement de Jésus « donne son plein sens » à la Torah

Dans Matthieu 5:17-43, Jésus amorce six déclarations successives en ces termes : « Vous avez appris qu’il a été dit, mais moi je vous dis… » La première partie, « vous avez appris qu’il a été dit », fait référence à la Torah originelle. Certains pensaient que Jésus s’opposait à l'instruction initiale, mais Jésus soutient le contraire avec véhémence. Il ne qualifie pas l’ancienne loi d'imparfaite ni d'obsolète. Elle était d’une portée limitée alors il fournit des explications et des illustrations plus exhaustives.

Bien que la première loi eût pour but de forger le cœur humain, ses instructions pouvaient être suivies, interprétées, ou appliquées machinalement sans produire d'effet significatif sur celui qui la suivait. Jésus est notamment en accord avec l’interdiction de tuer de Moïse, mais son enseignement révèle que l'absence d'acte meurtrier n’est que le résultat visible d'un processus moins visible. On peut être courtois et non-violent tout en ressentant du mépris et de la haine pour les autres. Sauf que les cœurs haineux n'ont pas leur place dans le Royaume de Dieu, peu importent leurs bonnes manières. Jésus invite les gens de son auditoire à évaluer les sentiments de leur cœur ainsi que leurs penchants, et à faire preuve de délicatesse vis-à-vis des personnes qui leur sont chères.

La vie humaine qu'on peut qualifier de véritablement bonne et belle, selon les propos de Jésus, ne se limite pas à éviter le meurtre, elle manifeste un amour pratique pour chaque personne de son entourage, qu’il s'agisse d'une amie ou d'une ennemie. L’enseignement de Jésus véhicule l’amour impartial pour tout prochain (et non certains). De fait, nous avons d'une part, la vie de Jésus qui accomplit la loi et d'autre part, l’enseignement de Jésus qui accomplit la loi : il donne à la Torah de Moïse son plein sens, la plénitude.

Quel est ce « Royaume » dont Jésus parle ?

Pensez à un quartier ou à un village quelconque. Imaginez que ses habitants se mettent, l’un après l’autre, à prendre la décision de se bénir mutuellement avec leurs ressources plutôt que de les amasser et de se battre pour les contrôler. Imaginez ce que serait la société dans son ensemble si elle considérait la vulnérabilité et la bonté comme les expressions suprêmes du pouvoir et de la gloire. Ce serait un monde où l’amour mutuel entre citoyens aura empêché le mal de perdurer.

Une paix totale. Une sécurité absolue. Une provision permanente. Tout le monde mène une bonne et belle vie, une vie de plénitude.

« La vie de plénitude est pour [ou « heureux » ] ceux qui ont faim et soif de la justice », dit Jésus dans l’introduction du Sermon sur la montagne (Mat. 5:6). Ce mot désignant tantôt la « justice » tantôt la « droiture » vient du grec dikaiosune, qui traduit le fait d’avoir de bonnes relations avec les autres. Pour être des personnes droites, selon Jésus et le Nouveau Testament, nous devons apprendre à être droits et justes dans nos interactions avec tout le monde. En d’autres termes, nous apprenons à aimer notre prochain.

Jésus dit que la vie de plénitude appartient aux personnes qui ont faim et soif de relations saines, « car elles seront comblées [ou rassasiées] ». Elles finiront, selon la promesse de Dieu, par vivre dans un monde où le Ciel et la Terre sont unis, où tout le monde s’investit dans de bonnes relations avec chacun : c’est cela le Royaume de Dieu. Et il est certain que plusieurs dans les foules autour de Jésus s'y voyaient déjà, à l’instant même.

Remarquez que Jésus ne promet pas de sortir immédiatement ces Galiléens de leur oppression pour une situation meilleure, notamment en neutralisant leurs oppresseurs romains. Il leur enseigne qu’un monde libre ne se construit pas en faisant du mal ou en exterminant ses ennemis. Il s'établit en toute liberté, grâce à quelque chose de bien plus puissant.

Jésus les amène à expérimenter la liberté du Royaume de Dieu dès l'instant où ils choisissent de porter leur attention sur lui et sur sa voie de l’amour. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il invite le peuple à « chercher premièrement le Royaume » (Mat. 6:33) — en permettant à ses instructions du Sermon sur la montagne de les orienter dans leur traversée du désert, vers la voie du Royaume promis — et d'y aspirer par dessus tout.

Aimer ce mode de vie, dit-il, conduit à un monde où tous les besoins sont comblés, où chaque larme est essuyée et où la moindre facette bénéfique de cette vie rejaillit sur tous les peuples.

Ne laissez pas les préoccupations liées à vos besoins primaires orienter votre prise de décision, nous enseigne Jésus. Il vaudrait mieux prioriser la quête du mode de vie du Royaume de Dieu et celle des bonnes relations avec tous les autres. Ce faisant, nous verrons que les plus grands besoins de la vie ne seront plus un problème (Mat. 6:31-33). Lorsque tout le monde vit ainsi, la peur et la violence n’ont plus lieu d'être car, en définitive, le monde finit par être bon. Et ce bon monde est le Royaume que Jésus dépeint dans son Sermon sur la montagne.

Comment le monde de Dieu sera transformé

Alors qu'il était encore en Égypte, Moïse a collaboré avec Dieu dans cette œuvre de vie renouvelée. En dépeignant Jésus comme un nouveau Moïse, Matthieu montre que Jésus suit le même objectif. Il poursuit l’œuvre de salut que Dieu a initiée plusieurs générations auparavant. Mais son Sermon sur la montagne introduit un arc inattendu qui ouvre, par la même occasion, les yeux de l’humanité aux strates insoupçonnées et à la véritable portée de la Torah de Moïse.

En substance, l’enseignement de Jésus implique que le fait d'anéantir les ennemis humains n'améliorera pas ce monde, et certainement pas une escapade de notre monde visant à voguer vers des nuages d'une félicité utopique. Le monde de Dieu, sur Terre comme au Ciel, sera transformé par les cœurs humains forgés à cet effet. Les foules galiléennes frustrées autour de Jésus étaient probablement aussi déçues de l’entendre que nous pourrions l’être. Elles veulent que la puissance de Dieu foudroie leurs ennemis, pas que la puissance de Dieu leur accorde bénédiction, guérison, et amour. En fait, Matthieu affirme à la fin que, de toute évidence, les foules autour de Jésus étaient à la fois bouleversées, stupéfaites, et impressionnées.

Malgré l’exposé éthique le plus profond et renversant qu’il eût jamais entendu, largement au-delà de tous les docteurs de la loi et autres élites religieuses, le peuple a tout de même pu déceler, d’instinct, que Jésus disait la vérité. D’ailleurs, ne sommes-nous pas conscients au fond de nous mêmes, chacun pour sa part, que nous préférons la bonté et l’amour à la haine et au mépris ?

« Quand Jésus eut fini son discours, les foules étaient impressionnées par son enseignement », écrit Matthieu en conclusion, « car il parlait avec une autorité que n'avaient pas leurs spécialistes de la loi » (Mat. 7:28, BDS).