Existe-t-il une traduction de la Bible qui soit « la plus exacte » ?
Comprendre les différentes traductions et apprendre à lire plusieurs versions

Êtes-vous en quête d'une bonne traduction de la Bible(https://bibleproject.com/videos/what-is-bible/), la meilleure, peut-être ? Sur un site web ou une application de la Bible, vous êtes-vous déjà retrouvé à parcourir des abréviations telles que LSG, BCC, BDS, PDV, BEX ou NFC, et à vous demander ce qui différencie toutes ces versions ? Depuis les traductions françaises de Lefèvre d'Étaples et Olivetan au XVIè siècle, les traducteurs et les sociétés bibliques ont produit environ une quarantaine de différentes Bibles en français, de sorte qu'il est difficile de savoir laquelle choisir.
Au bout du compte, aucune version de la Bible ne reflète parfaitement chaque idée ou nuance transmise par les versions hébraïques, grecques ou araméennes de nos manuscrits disponibles. Et cela ne pose aucun problème. Plutôt que de tenter d'identifier la version la plus exacte ou la meilleure, tout comme les biblistes, nous pouvons apprendre à lire et à comparer différentes versions afin de saisir une vision plus exhaustive des Écritures. On se lance !
L'équilibre délicat du traducteur biblique
Les biblistes qui élaborent les traductions françaises de la Bible cherchent à trouver une harmonie entre deux objectifs : la fidélité et la formulation. Ils cherchent à rester fidèles au choix des mots figurant dans les manuscrits en langues originelles, tout en offrant une expérience de lecture claire. On suppose parfois qu'une traduction littérale au sens strict du terme, mot-à-mot, serait la plus exacte, mais c'est rarement le cas.
Si quelqu'un traduit en français Jean 3:16 mot-à-mot à partir du texte grec original sans se soucier de la formulation, il aboutira probablement à un résultat proche de ceci :
Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, l'unique engendré, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie d'âge en âge.
La plupart des traductions existantes ne donneront pas à la langue originelle un rendu aussi malhabile. Cependant, certaines traductions, telles que la Louis Segond (LSG) et la Tradition Œcuménique de la Bible (TOB), accordent plus de poids à la correspondance mot-à-mot avec la langue originelle. Les traductions telles que la Bible du Semeur (BDS) et la Parole de Vie (PDV) privilégient davantage la formulation. Les paraphrases et autres repoussent les limites de la formulation encore plus loin. La Bible Parole Vivante (PVV) notamment fait preuve d'une plus grande liberté créative pour ajuster les mots, afin de capturer une traduction dynamique sens-pour-sens plutôt que mot-à-mot. Quant à La Bible Expliquée (BEX), elle inclut des éléments de contexte historique et culturel dans le texte afin d'en faciliter la compréhension.
Quelques exemples de traduction de la Bible
Tout thesaurus montre que de manière générale, il existe plusieurs mots pour exprimer une même idée. En hiver, le temps est-il froid, glacial, mordant, frais, ou givrant ? Chaque mot peut être juste, mais l'un est certainement plus adapté que les autres, en fonction du contexte. C'est le cas dans toutes les langues, ce qui peut causer un véritable casse-tête aux traducteurs de la Bible.
Différentes traductions du Psaume 79:8
À titre d'exemple en hébreu, notons comment certaines versions traduisent le mot hébreu rakhum (miséricorde, compassion) dans le Psaume 79:8.
King James Version, KJV
Ô ne te rappelle pas contre nous nos iniquités passées : que tes tendres miséricordes (Heb. rakhum) nous préviennent promptement : car nous sommes abattus au plus bas.
New American Standard Bible, NASB
Ne nous tiens pas responsables des actes coupables de nos ancêtres ; que ta compassion (Heb. rakhum) vienne rapidement à notre rencontre, car nous sommes devenus très faibles.
Nouvelle version internationale, NIV
Ne nous tiens pas rigueur des péchés des générations passées ; que ta miséricorde (Heb. rakhum) vienne rapidement à notre rencontre, car nous sommes dans un besoin désespéré.
Nouvelle traduction vivante, NLT
Ne nous tenez pas coupables des péchés de nos ancêtres ! Que ta compassion (hébreu rakhum) réponde rapidement à nos besoins, car nous sommes au bord du désespoir.
Version anglaise contemporaine, CEV
Ne nous fais pas payer pour les Péchés de nos ancêtres. Aie pitié (Héb. rakhum) et viens vite ! Nous sommes complètement impuissants.
Le Message, MSG
Ne nous blâmez pas pour les Péchés de nos parents. Dépêche-toi de nous venir en aide (Hébreu rakhum), nous sommes au bout du rouleau.
La Bible vivante, TLB
Oh, ne nous tenez pas coupables de nos péchés passés ! Que tes tendres miséricordes (Hébreu rakhum) répondent à nos besoins, car nous sommes rabaissés jusqu'à la poussière.
Il est clair que le mot hébreu rakhum peut être compris sous plusieurs angles : miséricorde tendre, compassion, miséricorde, pitié, aide, et bienveillance. Voir et respecter les variations nous aide à poursuivre humblement le travail nécessaire pour comprendre les mots des autres. On voit comment plusieurs versions françaises de la même idée nous permettent de saisir le mot rakhum sous toutes ses couches, sans parler de tous les autres mots.
Prenons un autre exemple : essayez de lire plusieurs traductions de 1 Samuel 13:1. Certains mentionnent que le roi Saül était encore un enfant lorsqu'il a accédé au trône, tandis que d'autres estiment qu'il avait la trentaine. D'autres encore laissent des pointillés en lieu et place de son âge. Certains disent qu'il a régné pendant deux ans, là où d'autres affirment que son règne a duré 42 ans. En tombant sur un passage comme celui-ci, on peut être sûr que les données originales du manuscrit sont difficiles à déchiffrer, même pour les biblistes les plus chevronnés.
Différentes traductions de Galates 3:24
Prenons un exemple grec avec un passage tiré de la lettre de l'Apôtre Pau à l'église de Galatie—Galates 3:24. Il utilise le mot grec paidagogos (tuteur/enseignant), qui est difficile à traduire en français, et a naturellement été une source de débats depuis des siècles.
Version standard French, ESV
Ainsi, la loi était notre gardienne (du grec paidagogos) jusqu'à la venue du Christ, afin que nous puissions être justifiés par la foi.
Bible du Roi Jacques, KJV
Par conséquent, la loi était notre maître (Grk. paidagogos) pour nous conduire au Christ, afin que nous puissions être justifiés par la foi.
New American Standard Bible 1995, NASB 1995
Par conséquent, la loi est devenue notre tuteur (gr. paidagogos) pour nous conduire au Christ, afin que nous puissions être justifiés par la foi.
Nouvelle traduction vivante, NLT
Laissez-moi le dire autrement. La loi était notre gardienne (du grec paidagogos) jusqu'à la venue du Christ ; elle nous protégeait jusqu'à ce que nous puissions être justes avec Dieu par la foi.
Version anglaise contemporaine, CEV
En fait, la loi devait être notre enseignant (du grec paidagogos) jusqu'à la venue du Christ. Alors, nous pourrions avoir la foi et être acceptables aux yeux de Dieu.
Nouvelle version standard révisée, NRSV
Par conséquent, la loi était notre pédagogue (du grec paidagogos) jusqu'à la venue du Christ, afin que nous puissions être reconnus justes par la foi.
Le Message, MSG
La loi était comme ces tuteurs grecs (gr. paidagogos), que vous connaissez bien, qui escortent les enfants à l'école et les protègent du danger ou de la distraction, en s'assurant que les enfants auront la Volonté d'arriver vraiment à l'endroit prévu.
La Bible vivante, TLB
Laissez-moi le dire autrement. Les lois juives étaient notre enseignant et notre guide (du grec paidagogos) jusqu'à ce que le Christ vienne nous donner une juste place auprès de Dieu par notre foi.
La loi est-elle donc comme un répétiteur, un enseignant, un tuteur, un maître disciplinaire ou un instituteur ? Nous pouvons en conclure que le terme « paidagogos » doit inclure des devoirs plus importants que ceux associés à un titre professionnel en français, notamment en matière d'enseignement, d'assistance et de protection. Ce qui nous révèle à la fois le rôle et les limites de la loi.
Grâce à toutes ces nouvelles traductions, révisions et paraphrases, nous pouvons mieux saisir les subtilités linguistiques derrière les couches brillamment utilisées dans la métaphore de Paul.
Il est sage de lire plusieurs traductions
Aucune version française ne reflètera parfaitement, à elle seule, les langues bibliques originelles. Pourquoi ? En partie parce que les langues anciennes de la Bible fonctionnent différemment du français. Un mot en hébreu, en grec ou en araméen peut manquer d'exact équivalent en français. Et les structures des phrases variant d'une langue à l'autre, il sera toujours nécessaire d'intégrer une variété de mots ou de recomposer des phrases.
Ce qui est bien, et même excellent. Notre curiosité et notre soif d'apprendre sont ainsi maintenues en éveil, en harmonie avec d'autres personnes désireuses de comprendre la Bible. Cela nous aide à distinguer notre Bible des livres de réponses et autres manuels d'instructions, et à nous rappeler qu'il s'agit d'un recueil de saintes Écritures que nous sommes appelés à méditer au sein d'une communauté.
Lorsque les traductions diffèrent, on peut se demander : Est-ce dû à une évolution dans la culture française ? Ou alors, qu'y a-t-il de si fascinant et complexe dans les langues originelles qui soit impossible à traduire avec un seul mot français ?
Lorsque nous notons une divergence apparente entre les traductions, plutôt que de se lancer dans une contestation, d'être découragés ou confus, nous devrions faire preuve de curiosité. Nous pourrions le voir comme une invitation à la découverte. Nous pouvons lire le contexte dans son intégralité, méditer le texte biblique avec d'autres personnes de notre communauté, et le lire également dans un maximum de versions.